Rencontre avec Badis Diab, l’Algérien qui nourrit tout un village d’Ouganda

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Il a 28 ans et il est algérien, c’est encore bien peu pour comprendre qui est réellement Badis Diab, pourtant, cela fait bien longtemps que l’enfant de Constantine n’est plus un inconnu. Depuis plusieurs années, il est considéré comme l’un des plus grand acteurs humanitaires de sa génération. 

À la tête de UNITY, une ONG internationale basé dans 35 pays à travers le monde, le jeune activiste aux méthodes de développement 2.0 vient de lancer un nouveau projet surréaliste : un revenu universel destiné à toute une population d’Afrique. Il prend en charge les frais de subsistance de l’intégralité d’un village situé en Ouganda pour les 10 prochaines années. 

Nous l’avons rencontré à Paris, là où il s’est établi depuis plusieurs années pour diriger ses activités à l’international. Focus sur la galaxie Badis Diab.

L’allure est à la fois fière et modeste, l’homme est charismatique mais reste simple, souriant, il paraîtrait presque timide sous sa casquette et sa barbe relâchée. Il a été facile de le rencontrer tant il est accessible et ouvert à la discussion. C’est ainsi qu’il nous invite dans le quartier de Saint Germain en plein coeur de Paris, là où il a construit sa vie, ses habitudes et ses repères.

Autour d’une petite table en coin de terrasse, face au soleil et aux bruits des voitures passantes de ce quartier animé de la capitale française, il sort un carnet et un stylo qu’il ne touchera pourtant pas, répondant à nos questions presque instinctivement, comme un habitué de l’exercice médiatique des questions-réponses.

Autodidacte, celui qui a déserté les bancs de l’école à 16 ans est pourtant un homme cultivé, profondément panafricain, passionné de la grande littérature africaine, de Ahmadou Kourouma et de Léopold Sédar Senghor. Il est aussi un fin connaisseur de l’économie mondiale, dont les répercussions ont un impact direct sur ses activités. Celui qu’on dit proche de plusieurs leaders politiques africains de premier plan dont Kemi Seba ou encore Jean-Serge Bokassa évite pourtant toute question liée à la politique. Il se refusera ainsi d’évoquer la tension en Ethiopie, en Guinée et en Algérie, son propre pays. Il ne parlera que d’humanitaire et de ses projets de développement sur le terrain, le reste ne sera que « suppositions et rumeurs non fondées ».

Acteur humanitaire majeur en Afrique et désormais présent sur tous les continents, Badis Diab n’est pas n’importe qui, celui que les Africains appellent « Monsieur Badis » est un travailleur de l’ombre invétéré qui à étendu ses activités dans les quatre coins du continent africain et dans tous les domaines du développement humanitaire, présent aussi bien auprès des populations francophones qu’anglophones, dans les milieux chrétiens et musulmans jusqu’aux terres les plus reculées du continent. Il n’est pas étonnant qu’il soit considéré comme l’un des activistes humanitaires les plus influents au monde.

Unity Togo.

Pourtant, à sa rencontre, il botte en touche lorsqu’on lui parle de son influence « ce ne sont que des titres de presse à but commercial. La réalité c’est qu’il n’y a aucune influence. J’ai horreur des distinctions honorifiques de quelque nature que ce soit. Je préfère que les actions de mon ONG soient jugées pour ce qu’elles sont, mais qu’on ne se concentre pas sur moi ». Toutefois, il est tout de même difficile de passer à coté du personnage et de le dissocier de son organisme, tant l’algérien fascine.

C’est ainsi que nous nous sommes entretenus avec lui au sujet de son actualité et de son dernier projet totalement surréaliste : Le revenu universel.

À la tête de l’ONG UNITY fondée aux cotés de son ami algérien Karim Amrani (27 ans), il nous raconte comme son organisation a pris une place considérable dans le paysage humanitaire.

« J’avais créé la Fondation Badis Diab en 2016; ce qui avait été un succès. On a distribué des fournitures scolaires à plusieurs milliers d’enfants sur une dizaine de pays africains. Au bout de quelques années, j’ai pris de la bouteille comme on dit (rires), alors au début de l’année 2019 j’ai commencé à réfléchir à un nouveau projet. Je souhaitais passer un cap à ce niveau-là. Alors, avec Karim, on à crée UNITY ».

Lancée en mai 2019, la jeune organisation basée en France a déployé ses tentacules dans plus de 35 pays à travers le monde et en un temps record.

De l’éducation passant à la santé, en passant par l’écologie, le handicap ou encore le droit des femmes, presque aucun secteur d’activité n’échappe aux deux Algériens qui ont mis en place un système si sophistiqué que les actions sur le terrain sont quotidiennes depuis le lancement, il y a 5 mois.

De Medellin à Abidjan, en passant par Gaza, Lomé, Cotonou, Meknès, Alger, Le Caire, Ikwo, Kampala ou encore Tacotalpa, les opérations se déroulent chaque jour dans le monde entier.

Basée en France, UNITY dispose pourtant de cellules actives dans plusieurs villes occidentales : Philadelphie, Montreal, Londres ou encore Stockholm sont des bases arrières de l’organisation. Quant à son financement, Badis Diab assure que « les participations sont de natures différentes, des personnes de toutes classes sociales, des personnalités politiques, sportives et artistiques, des associations cultuelles ou communautaires. Nous recevons des dons venant de partout dans le monde ».

Concernant son ami et co-fondateur de UNITY, Badis ne tarit pas d’éloges « Karim est l’équilibre même de mes activités et de leur développement. Il voit ce que je ne vois pas et m’appuie là où j’ en ai besoin. La confiance est fondamentale lorsque vous lancez ce type de projet, et j’ai une confiance absolue en Karim ».

Pourtant, il ne fait aucun doute que Badis Diab est bien l’homme à la tête de toutes ces opérations, d’ailleurs, son dernier projet est démentiel.

En novembre 2019, il lance un projet de revenu universel pour les familles d’un village de Sironko, dans l’est de Ouganda, près de la frontière avec le Kenya.

Il propose de verser mensuellement la somme de 50€ à toutes les familles d’un village ougandais, et ce, jusqu’en 2029. L’objectif de cette démarche est clair selon le jeune activiste « Je souhaitais rompre avec cette méthodologie de travail qui consiste à définir les besoins des gens à leur place. Avec cette somme d’argent qui leur est versée mensuellement, ces villageois auront la possibilité de définir eux-mêmes leurs besoins et de s’offrir ce qu’ils souhaitent. Il y a là un rapport d’égalité entre le donateur et le bénéficiaire ».

Alors même que les économistes de tout bord se rejettent la balle pour savoir si cette méthode est capable ou non de réduire la pauvreté dans le monde, le jeune algérien a décidé de passer des paroles à l’acte, en mettant en application cette démarche sur le terrain.

À la question de l’efficacité de cette démarche et du débat qu’il suscite, notamment en France, le jeune activiste algérien n’y va pas par quatre chemins « Je suis un homme qui fait de l’humanitaire, je ne perds pas mon temps à spéculer ou à débattre, je ne fait pas de politique non plus. Je préfère agir sur le terrain. Si le revenu universel s’avère utile alors ce sera une bonne chose. Sinon, on proposera une alternative ». Concernant les déclarations des économistes sceptiques quant à l’efficacité du revenu universel sur le terrain, Badis Diab ne mâche pas ses mots à nouveau : « ce que disent les intellos et les philosophes des salons parisiens n’a aucune valeur à mes yeux ». Les choses sont dites.

Concernant cette aide financière qui fait figure de bouée de sauvetage pour une population relativement pauvre, Badis continue son explication sur son revenu universel « Cette aide financière, c’est une aubaine pour ces pauvres gens qui n’ont rien, ni salaire ni complément. Avec cette somme d’argent conséquente pour le revenu moyen d’un paysan ougandais, certains vont pouvoir s’offrir un semblant de vie décente, de la nourriture saine, des vêtements neufs, aller chez le coiffeur ou chez le médecin, acheter des produits sanitaires, des médicaments, ou même économiser tout simplement. » Il rajoute « Nous n’avons pas l’intention de nous substituer au rôle du gouvernement Ougandais, cette démarche a pour but d’aider et de soutenir, rien de plus »

Pour ces villageois, ce programme de revenu universel est donc une bénédiction qu’ils n’attendaient pas.

10 ans ! C’est la durée sur laquelle Badis Diab s’est engagé auprès de cette population, et s’il y a bien évidement la question de « l’après », l’Algérien préfère ne pas se précipiter « Pourquoi penser à l’après ? Qui peut prédire ce que sera le monde après 10 ans ? Personne. Je préfère me concentrer sur une durée de temps sur laquelle j’ai la conviction de pouvoir tenir mes engagements. Au fil du temps, j’ai compris que faire de l’humanitaire? c’est avant tout s’engagé en fonction de nos propres moyens, ni plus ni moins » nous raconte le jeune homme plein d’assurance.

Plusieurs dizaines de familles ont déjà pu percevoir leur premier versement.

Pour les Ougandais, Badis Diab est bien plus qu’un simple acteur humanitaire, il est celui qui a redonné de l’espoir à des centaines, peu-être même à des milliers de familles oubliées du continent. 

L’un de ses ambassadeurs sur place, Ibrahim, que nous avons contacté sur les réseaux sociaux, nous dit « Monsieur Badis a fait plus pour les villageois de notre région que le gouvernement et les instances africaines réunis. Il ne cherche pas à savoir ce que les villageois font de l’argent qu’il distribue, il leur laisse la liberté, il fait confiance, il respect.e »

Il rajoute : « Grace à ce revenu, ma tante qui vit dans un coin reculé du village pourra réparer le toit de sa cuisine qui menace de s’effondrer à tout moment. C’est un poids en moins pour elle et ça me soulage ».

Le revenu universel « version Badis Diab » montre en tout cas de réels avantages et une véritable efficacité dans le quotidien des villageois de Sironko.

Devant cette première expérimentation, l’Algérien promet de répéter ces opérations dans d’autres pays, parmi lesquelles la Palestine et la région de Gaza qui figurent en première place sur sa la liste.

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