Pour une structuration politique du hirak

Face à une junte militaire violente, une force coloniale domestique qui a fait du terrorisme d’État un modus operandi, les Algériens doivent se rendre compte qu’une révolution aura inévitablement un coût humain. Une telle révolution nécessite un leadership politique.

Plus d’un an après le début des manifestations pro-democratie, les Algériens n’ont pas réussi à provoquer un véritable changement, la junte militaire qui est passée en force en décembre 2019 a maintenant recours à des pratiques jamais vues auparavant, même en prenant comme référence les agissements de cette junte pendant la guerre civile des années 90.

La “nouvelle Algérie” est bien pire que celle de Bouteflika

Des utilisateurs de Facebook sont kidnappés par la police politique, des journalistes croupissent en prison pour avoir couvert les manifestations et les corrompus demeurent en liberté à l’étranger protégés par l’entreprise criminelle d’Abdelmadjid Tebboune. Intrinsèquement cynique, la réponse de la junte aux demandes du peuple algérien a été d’instaurer une dictature beaucoup plus violente que celle qui est en place depuis l’indépendance du pays en 1962.

Les hirakistes, les journalistes et les militants conviennent que même pendant le règne d’Abdelaziz Bouteflika, les libertés n’étaient pas aussi menacées qu’aujourd’hui.

Un nouveau colonialisme

Abdelmadjid Tebboune et l’entreprise criminelle à la tête de l’armée algérienne s’inspirent du travail d’El Sisi en Égypte. C’est-à-dire censurer tous les médias qui ont la moindre indépendance, emprisonner quiconque critique la junte, en d’autres termes, gouverner par la violence et la peur.

Lorsque le Hirak reviendra, car il le fera, il faut s’attendre à ce que les milices de Tebboune recourent à l’usage de balles réelles. La junte a pris sa décision, elle ne négociera pas et utilisera tous les moyens pour éviter de perdre son emprise sur le pouvoir.

Il existe même des similitudes dans le modus operandi, alors que la junte égyptienne utilise «porter atteinte à la sécurité nationale» lorsqu’elle inculpe des détenus politiques, en Algérie, «porter atteinte à la sécurité de l’État et à l’unité nationale» est préféré.

Les familles royales des Émirats arabes unis et de l’Arabie saoudite tirent les ficelles des «dirigeants» nord-africains, ces familles considèrent que toute démocratisation dans la région MENA est une menace potentielle pour leur propre régime archaïque. Incapable d’établir de nouvelles monarchies dans la région, la seule option qui reste est d’établir des dictatures militaires.

Allons-nous, en tant qu’Algériens, permettre à un groupe de cow-boys du désert et à leurs homologues algériens traitres de nous asservir, de dilapider nos ressources et de nous gouverner par la force? En Égypte, ils ont réussi à gouverner par la peur, en Tunisie, ils ont presque réussi à faire dérailler la révolution.

Il serait naïf de croire que les voyages d’Ahmed Gaid Salah aux Émirats avant, pendant et après la chute de Bouteflika étaient des actes de pure coïncidence.

Que peut-on faire pour éviter le pire?

Action radicale. Notre grande diaspora algérienne peut ouvrir la voie à un gouvernement de transition avec son propre président de transition. Les citoyens algériens à l’étranger devraient commencer à tracer toute personne considérée comme ayant des liens avec la junte militaire. Ils devraient écrire à leurs représentants, au gouvernement et aux acteurs de la société civile pour demander que des mesures soient prises contre la junte militaire algérienne. S’ils refusent de coopérer, il faudra organiser des manifestations devant leurs domiciles, occuper leurs bureaux, obstruer leurs boîtes aux lettres, etc.

Le fait de ne pas avoir de direction politique a largement profité à la junte militaire. Lorsqu’il n’y a pas de leadership, le seul interlocuteur avec lequel le monde se retrouve est la junte elle-même. Même si l’Occident devait entretenir l’idée de soutenir le Hirak, il ne peut le faire faute d’un interlocuteur avec lequel échanger. Ceci est le plus grand défi pour le Hirak mais pas impossible à relever.

Prendre El Mouradia et que faire avec les traîtres

Imaginez des millions d’Algériens se rassemblant tous à El Mouradia, où se trouve la présidence, plutôt que dans le centre-ville. À ce stade, il ne reste qu’une chose à faire: occuper les locaux et introniser un président chargé de la transition démocratique. Gaz lacrymogène, balles en caoutchouc, balles réelles, rien ne peut nous faire peur. Prendre El Mouradia est hautement symbolique et un must pour le Hirak, c’est quelque chose que nous devons aux générations futures.

En ce qui concerne les milliers de traîtres qui composent le système, la peine doit correspondre au crime: pour les pires délinquants (Bouteflika, Tebboune, Chengriha, Boukadoum, Saadani, Khelil etc.) la peine de mort peut être temporairement autorisée. Nous sommes dans un cas de figure de haute trahison de la nation après tout. Pour les autres, le travail forcé semble plus approprié et profite au Hirak par: des économies financières dans un contexte de baisse des revenus, et, de main-d’œuvre gratuite qui bénéficiera au développement des infrastructures locales dans le désert du Sahara.

Pour ceux qui sont décédés, c’est-à-dire les Gaid Salah, ils devraient être jugés post-mortem et leurs familles punies.

L’indépendance est proche. Nous devons persévérer.


Cet article d’opinion a été rédigé par Djamel Latreche, un lecteur du Algiers Herald.