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Mali: des dizaines de djihadistes libérés en échange de quatre otages, dont une Française

L’humanitaire française de 75 ans, Sophie Pétronin est rentrée en France, libre, vendredi 9 octobre, après quatre ans passés aux mains d’un groupe jihadiste du Sahel malien. Trois autres otages, deux Italiens et l’homme politique malien Soumaïla Cissé, ont également été libérés. Cette libération n’a visiblement été obtenue qu’à la faveur d’un deal passé avec les djihadistes activant au Mali.

Dans un tweet, Emmanuel Macron remercie les autorités maliennes “Merci aux autorités maliennes d’avoir rendu possible la libération de Sophie Pétronin, a tweeté le chef de l’État. Le combat contre le terrorisme au Sahel se poursuit.”

Cependant, cette libération ne tarde pas à susciter des interrogations et à provoquer la controverse. Hasard du calendrier ou deal passé avec les preneurs d’otage, plus de 200 djihadistes ont été libérés par les autorités maliennes dans les quelques jours qui ont précédé le retour de Sophie Pétronin en France.

Même si l’État malien est resté muet sur l’opération qui s’est déroulé sur propre sol, les journaux français Le Monde et Libération rapportent de leur côté que le groupe qui détenait les otages, c’est-à-dire le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), a revendiqué avoir obtenu la libération de 206 de ses membres via l’application de messagerie chiffrée Telegram.

Selon ces mêmes journaux, la libération des djihadistes a été opérée dans deux zones différentes du Mali: celle de Niono, dans le centre du pays, et de Tessalit, dans le Nord-Est, pas loin de la frontière avec l’Algérie.

S’agissant des profils des djihadistes relâchés, Le Monde affirme que des grands noms du djihadisme sahélien figurent sur la liste. Il s’agirait notamment du Mauritanien Abou Dardar, de son compatriote Fawaz Ould Ahmed, surnommé “Ibrahim 10”, proche conseiller de l’Algérien Mokhtar Belmokhtar au sein du groupe Al-Mourabitoune et du Malien Mimi Ould Baba, soupçonné d’avoir organisé des attentats à Ouagadougou (Burkina Faso) et Grand-Bassam (Côte-d’Ivoire) en 2016, qui avaient tué 30 et 19 personnes, et pour lesquels il avait été inculpé par la justice américaine, après son arrestation par des soldats français en 2017.

Répercussions pour le Mali

Dans le Sahel d’une manière générale, ces détenus libérés risquent de venir grossir les rangs d’organisations jihadistes qui connaissaient un regain d’activité, notamment au Mali et au Burkina Faso. Selon de nombreux observateurs, une organisation comme le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) ne manquera pas d’exploiter cette opération comme une victoire symbolique susceptible de galvaniser une frange désœuvrée de la jeunesse sahélienne, déjà sensiblement tentée par les thèses djihadistes. Et quand on sait que les populations et l’armée malienne ont beaucoup souffert des attaques terroristes ces dernières années, on peut s’interroger sur l’opportunité d’une telle opération, sur son impact sur l’image et la crédibilité du nouveau pouvoir politique en place et, surtout, sur la capacité de ce pouvoir à contenir le pouvoir de nuisance de ces organisations.

La France face à ses contradictions

La France, dont plus de 5 000 soldats restent déployés au Sahel dans le cadre de l’opération Barkhane, est également rattrapée par les répercussions politiques et, potentiellement, militaires de cette opération d’échange de détenus.

Les conditions de la libération des quatre otages suscitent la polémique en France. Vendredi, la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, a invité l’exécutif à lever le voile sur “les conditions qui ont présidé à cette libération”. Elle rappelle que de nombreux soldats français sont morts au combat au Mali.

Aujourd’hui, d’aucuns diront que les répercussions de cette opération d’échange de détenus ne tarderont pas à apparaître au grand jour d’autant plus que le Sahel est devenu une véritable poudrière. Par ailleurs, elle ne manquera pas à exacerber la colère d’une bonne partie de Maliens à l’égard de la France dont la présence militaire dans le pays est largement décriée depuis plusieurs années.

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