Opinion / Legaliser le cannabis en Algérie? Des atouts économiques indéniables

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Cannabis

En cette période stressante de Hirak, il serait peut-être utile de calmer les esprits afin de pouvoir raisonner en toute sérénité. Alors qu’un certain nombre de pays légalisent le cannabis à des fins médicales et/ou récréatives, il est raisonnable de se demander si l’Algérie, un pays d’Afrique du Nord avec beaucoup de terres et de soleil, passe à côté d’une industrie juteuse.

Rien ne pourrait être plus tabou que la légalisation du cannabis dans un pays à majorité musulmane, mais il faut examiner les réalités plutôt que les idées préconçues. Avec la ‘guerre contre la drogue’, et en particulier contre le cannabis, échouant misérablement à travers le monde entier, l’Algérie a maintenu son attitude répressive à l’égard de la consommation de cannabis, ignorant ainsi tous les facteurs clés de succès qui donneraient au pays un avantage conséquent sur les autres producteurs.

Le cannabis par rapport aux drogues dures

Aucune personne sensée ne devrait plaider en faveur de la légalisation de drogues dites de ‘classe A’ telles que la cocaïne ou l’héroïne, bien que le cannabis soit très différent, qu’il ait une valeur médicale indéniable et qu’il ait démontré un faible impact sur la santé, de nombreux pays dans le monde l’utilisent pour traiter des conditions médicales autrement difficiles à traiter avec des médicaments conventionnels.

Le cannabis ralentit même le développement des cellules cancéreuses

En se promenant dans les rues de certaines villes occidentales, les amateurs de cannabis fument librement. La police n’applique pas ce que la législation prescrit. En effet, se faire prendre à Londres, par exemple, avec un joint vous infligera tout au plus une amende, essentiellement une contravention de la même nature que celle infligée lors d’un excès de vitesse. Il ne fait aucun doute que la consommation de cannabis est tolérée par les autorités et la même attitude peut être observée dans de nombreux autres pays occidentaux.

Même dans les pays où cela est censé être illégal, ‘Big Pharma’ est déjà impliqué. Au Royaume-Uni, par exemple, alors que Theresa May dénigre quotidiennement le cannabis – principalement pour plaire à son électorat conservateur – son mari dirige le plus grand producteur de cannabis au monde, GW Pharmaceuticals. Un certain nombre d’analystes ont constaté à ce propos un cas courant de corruption et de népotisme, permettant uniquement à vos amis ou à votre famille de profiter d’un secteur en pleine croissance, alors que tous les autres citoyens sont légalement exclus.

Theresa May et la cultivation légale du cannabis

Considérant que l’alcool, substance beaucoup plus nocive, est ouvertement vendu en Algérie et dans d’autres pays musulmans, il est hypocrite de considérer le cannabis comme le ‘diable en chef’ lorsque des recherches ont prouvé à maintes reprises que l’alcool était une substance bien plus dévastatrice pour la santé publique.

Pour les lecteurs qui ne le sauraient peut-être pas, se faire prendre avec n’importe quelle quantité de cannabis en Algérie peut vous condamner à une peine minimale, pratiquement automatique, de 6 mois d’emprisonnement, sinon plus, des milliers d’adolescents sont actuellement en train de pourrir dans les prisons algériennes pour s’être fait prendre en possession de quantités négligeables. Ils sont criminalisés pour avoir fait ce que les adolescents sont censés faire.
 
Des postes de contrôle spéciaux de la police et de l’armée sont mis en place dans les villes algériennes afin d’identifier les consommateurs de drogue pendant leur passage, connus sous le nom de «positions», ces points de contrôle font peur et intimident quiconque les croise.

La législation en place a été critiquée pour son inadéquation et son élaboration si médiocre qu’elle ne fait pas la différence entre une plante comme le cannabis et une drogue dure comme l’héroïne.

Nous rencontrons un jeune homme du centre d’Alger qui a accepté de partager son expérience. Il a déploré l’attitude des autorités à l’égard du cannabis. «Nous sommes jeunes et nous voulons nous amuser, comme les jeunes dans d’autres pays, mais malheureusement, la légalisation n’arrivera jamais, les mentalités sont trop arriérées et les islamistes ont une place prépondérante dans la politique algérienne. Quand on voit des hauts responsables impliqués dans le trafic de cocaïne tout en restant libre et les comparer à un gamin de 16 ans jeté en prison pour une infraction commune, c’est triste, on peut vraiment voir les inégalités et l’injustice du système ».

Des atouts économiques

Une culture en intérieur au Canada ou ailleurs où les rayons de soleil se font rare, coûte beaucoup plus cher et la culture en extérieur n’est pas une option. Une lampe HPS de 600 watts, qui couvre essentiellement jusqu’à quatre grandes plantes au maximum, coûterait en moyenne 30 dollars par mois, rien qu’en électricité, selon les pays. En ajoutant les coûts de transport, le coût en éléments nutritifs, le travail, etc., l’herbe cultivée à la lumière naturelle du soleil est beaucoup plus rentable.

Algeria in the world
L’Algérie occupe une place stratégique qui faciliterait l’exportation du cannabis aux quatre coins de la planète

S’il y a une chose que nous ne manquerons jamais en Algérie, c’est probablement les rayons intenses du soleil, une terre pratiquement infinie et l’ennui, comme disent les algériens “El vide”.

Le chômage sévit aussi, des centaines de jeunes meurent en Méditerranée, essayant de gagner l’Europe en raison du manque d’opportunités en Algérie.

De plus, avec la baisse des revenus pétroliers, le pays a désespérément besoin de devises, il doit donc identifier les opportunités le plus tôt possible, au lieu d’attendre que tous les autres pays aient pris de l’avance, ce qui est en train actuellement de se passer.

Une acceptation mondiale

Un certain nombre de pays sont en voie de légalisation, notamment le Canada et l’Uruguay avec la légalisation complète du cannabis. Le Luxembourg, la Nouvelle-Zélande, la Thaïlande, les États-Unis, le Mexique, Israël, le Lesotho, l’Espagne, les Pays-Bas et la Suisse, pour n’en nommer que quelques-uns, ont tous mis en place une législation axée sur la légalisation partielle ou complète.

Un homme se promène avec ses plantes à Londres

La position centrale de l’Algérie, géographiquement parlant, confère au pays un avantage indéniable, notre production pourrait potentiellement être expédiée facilement dans le monde entier: Amérique du Nord, Amérique du Sud, Europe dans un premier temps et, à l’avenir, vers d’autres continents à mesure que la légalisation se développe.

De grandes entreprises telles que Coca-Cola et Philip Morris se préparent déjà à investir et à tirer profit de la croissance attendue du secteur. Des deals d’une valeur de milliards de dollars sont conclues chaque semaine dans l’industrie, les sociétés de cannabis se consolident en grands groupes et sont même cotées en bourse. Par contraste, en Algérie, le discours reste encore régressif.

L’islam dans toute cette histoire

Techniquement parlant, l’islam interdit toutes les substances qui provoquent une ‘altération de l’esprit’. Mais comment peut-on définir «altération de l’esprit» exactement? Le café altère l’esprit à travers la caféine, le glucose ou encore la nicotine.

Un autre argument invalide est celui selon lequel l’Islam interdit tout ce qui nuit à votre corps. En se promenant dans le centre-ville d’Alger, on ne peut s’empêcher d’être submergé par toute la malbouffe vendue un peu partout, des hommes qui fument des cigarettes à la chaîne, la pollution ainsi que des produits non réglementés, seraient tous haram si on venait a considérer le coran littéralement.
 
L’obésité est à la hausse, mais vous ne voyez aucune législation interdisant aux gens d’avoir du Nutella, car selon la logique des islamistes, le Nutella devrait être haram.

La diabolisation du cannabis remonte à l’ère Reagan, un affrontement générationnel, qui à ce jour reste souligné. Des décennies de diabolisation, principalement de propagande, ont influencé la façon de penser de nos grands-parents et de nos parents. Ce n’est pas leur faute non plus, les générations plus âgées ont à coeur le meilleur intérêt des plus jeunes. .

Une fois que la deuxième république est établie, les autorités algériennes devrait sérieusement se pencher sur cette question en prenant comme bases les réalités du terrain et les conclusions des recherches scientifiques, pesant le pour et le contre et prendre une décision en conséquence, afin que l’Algérie puisse profiter de cette industrie croissante.

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