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Algérie: Transit ou destination pour les migrants subsahariens?

Depuis plusieurs années, il y a en Algérie un débat récurrent sur le nombre de migrants subsahariens qui entrent dans le pays et qui y restent en situation irrégulière. Beaucoup de chiffres sont cités ci et là, alimentant parfois les fantasmes les plus extravagants sur ce qui est même qualifié par certains médias d’« afflux massif ».

En effet, le phénomène migratoire occupe la scène médiatique, avec la diffusion récurrente, notamment sur les réseaux sociaux, d’images et de vidéos montrant des scènes de Subsahariens placés dans des centres de regroupement dans l’attente de leur refoulement.

Beaucoup de choses ont été dites sur les « vagues de migrants » qui arrivent en Algérie en provenance des pays d’Afrique subsaharienne, notamment des voisins immédiats de l’Algérie, le Niger et le Mali. Selon l’UNDESA –  Département des Affaires Economiques et Sociales du Secrétariat de l’ONU : en 2019, 249.100 migrants de différentes nationalités se trouvaient sur le territoire algérien.

Certaines sources avancent le chiffre de 30.000 arrivants rien que depuis le début de la pandémie de la Covid-19.

Il est vrai que la présence des migrants subsahariens est de plus en plus remarquée dans plusieurs villes, aussi bien dans le sud que dans le nord du pays. Cependant, la question que se posent beaucoup d’observateurs est la suivante: l’Algérie est-elle un pays de destination ou de transit pour les migrants subsahariens?

Selon certains spécialistes, l’Algérie reste un pays-étape dans le parcours migratoire. Les migrants subsahariens ont généralement l’Europe comme destination finale et traversent l’Algérie comme pays de transit.

Selon les données partagées avec nous par le Mixed Migration Centre, une organisation qui se veut une source pour des données et une expertise sur la migration mixte, et qui sont les résultats d’enquêtes ciblant des personnes migrant(e)s et réfugié(e)s issues de plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, dont une majorité du Niger, sur 11.144 personnes enquêtées entre janvier 2017 et janvier 2020, 1.774 déclarent vouloir atteindre l’Algérie comme destination finale, soit 16% des répondants. En outre, sur 1.129 personnes enquêtées entre février et mars 2020, 202 déclarent vouloir atteindre l’Algérie comme destination finale, soit 18% des répondants.

Concernant la période de la Covid-19, sur 1396 personnes enquêtées entre avril et juin 2020, la phase 1 de la pandémie, uniquement 8 déclarent vouloir atteindre l’Algérie comme destination finale, soit moins de 1%. Enfin, s’agissant de la phase 2 de la Covid-19, entre juillet et octobre 2020, 304 personnes sur les 2.186 enquêtées déclarent vouloir atteindre l’Algérie comme destination finale, soit 14% des répondants. Il est à noter que la majorité des répondants, et ce, durant les différentes périodes de l’enquête, déclarent que la motivation principale qui préside à leur volonté d’atteindre l’Algérie est leur quête d’une meilleure situation économique.

Il est vrai que ces données ne nous offrent pas beaucoup d’indications sur le nombre de personnes qui avaient, au départ, d’autres pays comme objectif final mais qui, en traversant l’Algérie, finissent par s’y installer. Mais il n’en demeure pas moins qu’elles incitent à relativiser ce qui est souvent qualifié dans les médias d’« afflux massif » de migrants subsahariens vers l’Algérie ; le pays demeurant, dans une large mesure, une étape transitoire dans le parcours migratoire.

Ces chiffres démontrent également que, pour le moment, la pandémie de la Covid-2019 n’a pas eu un grand impact sur les tendances déjà observées depuis des années. Au contraire, il semblerait qu’elle ait représenté un frein, du moins momentané, pour les migrations intrarégionales, et ce, à cause de la fermeture de nombreuses frontières depuis le mois de mars 2020.