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Tebboune annonce la fin du mouvement de contestation, la rue le gifle le lendemain

Les manifestations en faveur d’une transition démocratique et la chute du régime vert-kaki ont lentement repris en Algérie à la suite d’une suspension auto-imposée dans le contexte de la pandémie de la Covid-19.

A Alger, ainsi qu’à travers l’ensemble du territoire nationale, des milliers de manifestants sont descendus dans la rue ce 5 octobre pour réclamer la chute du régime incarné par Abdelmadjid Tebboune, une façade civile et un homme impliqué dans une série de scandales de corruption. Les manifestations de ce lundi coïncidaient avec l’anniversaire des manifestations du 5 octobre 1988, lorsque la junte avait déployé des troupes à Alger, utilisé des balles réelles et tué plus de 500 manifestants pacifiques qui étaient venus réclamer le changement.

Lors des manifestations, plus de 60 manifestants ont été arrêtés, dont 50 ont été présentés au parquet le 7 octobre.

Un certain nombre d’enfants, de femmes et d’étudiants figuraient parmi les personnes arrêtées, dont l’un, Chouaib, fut torturé pendant sa garde à vue par des policiers, a-t-on appris. L’Algiers Herald a pu vérifier de manière indépendante les allégations de torture par l’intermédiaire d’une source sécuritaire authentifiée qui a évoqué la montée de la répression: « le régime tente de régner par la peur, revenant à ses habitudes des années 90, les enlèvements, la torture, et tout ce qui va avec. L’objectif du régime est de créer un climat de peur et de faire taire le Hirak pour de bon ».

« Ils veulent envoyer un message à la population, comme le ferait une mafia », a-t-il ajouté.

Chouaib, un manifestant de 19 ans, est porté par des membres de sa famille à l’extérieur du poste de police, il n’a pas pu marcher après avoir été torturé pendant des heures.


La reprise des manifestations intervient un jour après l’interview de Tebboune accordé à Adam Nossiter du New York Times, une interview au cours de laquelle le président coopté par l’armée a pratiquement nié l’existence des manifestations du Hirak – et le journaliste Khaled Drareni – tout en fumant à la chaîne dans un « palais de style mauresque ».

Au cœur des manifestations se trouve le rejet croissant d’Abdelmadjid Tebboune, élu lors d’une élection controversée le 12 décembre 2019, une élection caractérisée par une fraude électorale à grande échelle et l’absence quasi totale de votants.

Rejetée par la population, le régime derrière Abdelmadjid Tebboune estimait que nommer un président civil était une question de survie , afin d’éviter d’être étiquetée internationalement comme une junte militaire.

Quelques mois plus tard, le régime a vu dans la crise du Covid-19 une occasion en or de réprimer les manifestations et de restreindre davantage les libertés. En parallèle, le régime a également programmé un référendum constitutionnel le 1er novembre, référendum rejeté par la population tout autant que le président lui-même.

Le 5 octobre, l’Algiers Herald était présent sur le terrain. Les slogans habituels ont été scandés par les manifestants: « Tebboune est une fraude, l’armée l’a amené » était le slogan le plus courant. D’autres slogans scandés appelaient à l’arrêt de la répression et à la libération des centaines de prisonniers politiques détenus en vertu de lois de sécurité douteuses.

Surpris par les manifestations, des dizaines de fourgons de police ont été déployés dans le centre-ville, chargeant et arrêtant les manifestants pacifiques, même ceux qui n’étaient que des passants et ne participaient pas aux manifestations.

Un manifestant interrogé par l’Algiers Herald a déclaré: « Tebboune est un voyou, il n’y a que lui-même et son entourage qui le reconnaissent comme président, les 44 autres millions d’Algériens le rejètent. Ce voyou doit partir, nous continuerons jusqu’au bout, wled Amirouche mé rendiwch ».

Sur les réseaux sociaux, le ton a également changé, face à un régime enfouissant la tête dans le sable, désormais les Algériens appellent à une réponse organisée pour contrer ce que les manifestants voient comme une force d’occupation illégale. Ces appels se sont multipliés et des initiatives sont mises en place par la diaspora et en interne à cet égard. Certains parlent même de la nécessité d’une réponse armée.

Alors que l’Algérie fait face à un avenir incertain caractérisé par une aggravation de la crise de légitimité et une crise économique imminente, la population continue d’appeler à la promulgation de sanctions internationales contre les figures de proue du régime, tout en dénonçant l’hypocrisie manifestée par l’UE qui n’a pas hésité à condamner et imposer des sanctions à l’encontre du président biélorusse Alexandre Loukachenko, tout en acceptant les résultats de l’élection fantoche du 12 décembre 2019.

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