Algérie / Tamazight constitutionalisée de facto par le hirak

4 mins read
Amazigh flag

Entre autres faits remarquables du soulèvement du peuple algérien, l’on peut dénombrer la reprise de la rue, la liberté d’expression, le sens de l’inventivité, la symbiose entre les différentes composantes du pays, mais aussi l’accès de Tamazight à plus de visibilité.

Le drapeau ou les couleurs représentatives de l’amazighité ont été les « guest star » des innombrables marches qui ont  ébranlé les rues des 48 willayas d’Algérie. L’étendard au couleurs jaune, vert et bleu flanquées du symbole de l’amazighité a trôné sur le dos, les épaules et la tété de centaines de manifestants à Alger, Ghardaia, Ain Mlila, Tizi Ouzou, Bouira, et bien d’autres villes du pays. C’est là un énorme tabou qui est brisé n’en déplaise aux bienpensants-politicards ou journalistes- qui y voient un outil de division, voire un crime de lèse-majesté contre le pays, ses martyrs et son drapeau.  A travers les images diffusées sur les chaines de télé et les réseaux sociaux, le peuple algérien a découvert d’autres couleurs dont les chantres clament ne pas vouloir substituer ce drapeau à l’illustre drapeau vert, rouge et blanc qui est souvent malmené par les gens sensés le protéger. En effet, on voit souvent des drapeaux délabrés, déchirés, usés par la pluie et le soleil suspendus au fronton d’un édifice public.

Les Amazighs eux-mêmes, qu’ils soient Mozabites, Chaouis, Chenouis, Targuis ou Kabyles, ont été décomplexés par cette promotion soudaine et inespérée des couleurs amazighes. Les plus récalcitrants des amazighes qui rejetaient ce drapeau se sont comme par enchantement mis à l’assumer. Tamazight a gagné en visibilité certes, mais elle gagnerait à être plus audible et plus lisible par les amazighs en premier lieu. Si les couleurs amazighes ont crevé l’écran, il n’en est pas de même pour le Tifinagh et les chants révolutionnaires des Matoub, Azem, Ait Menguelet, Bali et autres chanteurs amazighs qui ont voué leur vie non pas uniquement pour Tamazight, mais aussi pour la liberté. On n’a pas vu beaucoup de banderoles avec Tifinagh et les inoubliables slogans telle que « Algérie mon beau pays », « Fegh ayadjradh thamurthiw » n’ont fait que des apparitions timides. On n’a pas entendu les fameux refrains « Dhaghuru » de Matoub, le « aka ami athughaledh dhakaru » de Ait Menguelet. La promotion de tamazight incombe en premier lieu par les amazighs qui ne doivent pas lésiner sur les efforts et les moyens pour investir dans l’audiovisuel, la littérature, les arts et la presse pour maintenir la langue amazighe, réhabiliter l’identité amazighe et l’être amazigh. La promotion de Tamazight par le hirak est certes salutaire, mais peut s’avérer circonstancielle s’elle n’est pas accompagnée d’une prise en charge sérieuse et par les autorités et par les défenseurs, les locuteurs et les utilisateurs de Tamazight.       

Leave a Reply

Your email address will not be published.

Noureddine Bedoui
Previous Story

Prime minister of Algeria, named in 700 Kg scandal

Protest 16/04/2019
Next Story

The awakening of the giant