Tahar Allache, le Serious Fraud Office et les magouilles de l’aéroport d’Alger

Dans cet article, nous ferons de nouvelles révélations et examinerons comment Tahar Allache, l’actuel chef de l’aéroport d’Alger, est allé jusqu’à demander un pot-de-vin en échange de l’octroi d’un contrat de fourniture de logiciels.

Le Serious Fraud Office enquête actuellement sur l’affaire de corruption impliquant le PDG de l’aéroport d’Alger. La société multinationale basée au Royaume-Uni, Ultra Electronics, avait alors été sollicité pour un pot-de-vin en échange de l’octroi d’un contrat juteux pour le terminal qui sera inauguré demain, le 29 avril 2019 .
 
En tant que ministère, le Serious Fraud Office ne serait pas aussi indépendant que le pouvoir judiciaire dans ses enquêtes.

Tahar Allache est un protégé de l’ancien dictateur Abdelaziz Bouteflika et serait protégé par l’ancien chef des services de renseignement, Bachir Tartag, selon nos sources bien informées.

En outre, cette enquête nous a appris que Bachir Tartag, à l’époque, avait protégé Tahar Allache en bloquant l’enquête des services de renseignement sur cette affaire. Le directeur du projet, M. Amine Kheider, coopérait secrètement avec les services secrets algériens et leur fournissait toutes les preuves des malversations du budget de l’aéroport. Un important dossier contenant des preuves accablantes a été mis à la disposition des autorités judiciaires algériennes. Bachir Tartag, à la dernière minute, a bloqué l’enquête et a ainsi protégé Tahar Allache contre les poursuites pénales sur le point d’être engagées.

Il y a deux mois, la brigade du crime économique de la police algérienne a fait irruption au siège de la SGSIA. Ils ont remis à Tahar Allache un mandat du procureur d’Alger ordonnant à Allache de fournir à la justice les copies complètes de tous les documents relatifs à Ultra Electronics et Gate Technologies.

La brigade a procédé à des interrogatoires et a entendu plusieurs membres de la commission qui ont sélectionné le fournisseur choisi pour le projet. La police cherchait à connaitre les raisons qui ont poussé la SGSIA à éliminer Ultra Electronics et Gate Technologies. La plupart des membres de la commission ont clairement et formellement déclaré que l’ordre venait de Tahar Allache.

À ce jour, aucune mesure disciplinaire n’a été prise contre Tahar Allache et celui-ci reste à la tête de l’aéroport d’Alger. En 2015, la SGSIA, l’organisation qu’il dirige, a connu une grève importante parmi ses employés qui demandaient sa démission, à la suite d’accusations d’abus de pouvoir, notamment de harcèlement sexuel des hôtesses de l’air.

Après avoir enquêté davantage sur ces allégations de harcèlement sexuel, le Alger Herald a appris auprès du personnel de l’aéroport d’Alger qu’il était connu que Tahar Allache dirigeait une «opération de casting», selon laquelle les femmes demandeurs d’emploi devaient fournir des faveurs sexuelles en échange d’un emploi. Un secret de polichinelle selon le personnel de l’aéroport. Nous avons également demandé pourquoi ces femmes ne se présentaient pas aux autorités compétentes et nous avons été informés que c’était probablement parce que dans un pays islamique, ces filles ne peuvent pas se permettre d’être publiquement nommées, en plus de la possibilité de faire l’objet de représailles.

Lors d’une conversation entre le représentant légal d’Ultra Electronics, que nous appellerons A.K. dans cet article, Tahar Allache a pété un câble dans un échange dont nous avons des copies. En voici un extrait:

Tahar Allache, dans cet échange, menace le représentant légal A.K.

Ultra Electronics, qui a porté plainte au niveau du Serious Fraud Office, est allé jusqu’à contacter la présidence, en vain.

Le groupe britannique, qui a accusé le directeur général de la Société de Gestion des Services et Infrastructures Aéroportuaires d’Alger (SGSIA), Tahar Allache, de corruption, a envoyé, par l’intermédiaire de son représentant légal en Algérie, une lettre à Abdelaziz Bouteflika.

Ultra Electronics, “lésée par des pertes financières et morales colossales“, faisait appel au “garant de l’état de droit à la tête du plus haut pouvoir judiciaire” afin que le PDG de la SGSIA, à savoir Tahar Allache, “réponde aux accusations“.

Après avoir rappelé les faits, le même groupe et sa filiale Gate Technologies, via son représentant légal en Algérie, ont regretté, selon la même source, que “personne ne réagisse à la lumière de ce crime économique“, qui “a causé une énorme préjudice aux intérêts économiques de la Grande-Bretagne et de l’Algérie”.

Les faits remontent à la mi-2016, lorsque la SGSIA a lancé un appel d’offres pour une solution informatique de gestion des aéroports. La société britannique Ultra Electronics, après avoir soumissionné, a remporté le contrat.

Cependant, selon Jenny Lawton, directrice générale de Ultra Electronics, citée par un certain nombre de medias. À l’époque, un homme du nom de Fodhil Kerkache se présenta comme le «représentant» de Tahar Allache et «demanda ouvertement le paiement immédiat – à l’avance – d’une somme importante en espèces et en devise». Jenny Lawton a ensuite informé le représentant que Ultra Electronics est une société cotée et respectée qui ne se livre pas à de telles pratiques; par la suite elle rentrera à Londres.
 
«Suite à ces événements malheureux, notre société a commencé à prendre conscience de la succession de difficultés, mais aussi de blocages de la part de la SGSIA et du CSCEC qui ont alors procédé à l’élimination totale de notre offre», disait-elle à l’époque.

Selon notre source, proche du sérail, le coût du contract a été gonflé par la CSCEC et des frais importants ont été versés à Tahar Allache à l’étranger. Selon la même source, Tahar Allache aurait deux filles vivant à Paris, dont une mariée il y a deux ans; toutes les deux vivent dans un appartement de luxe à Paris. D’où viendraient les fonds pour une telle acquisition?

Après avoir pris contact avec les ministres de la Justice et des Transports avec des preuves à l’appui, Ultra Electronics a finalement déposé une plainte auprès du Serious Fraud Office (SFO).

Sa filiale Gate Technologies «avait déjà commencé la livraison des équipements après avoir remporté le contrat». La même source a ajouté que “les équipements ont été interdits d’accès à l’aéroport quand Ultra Electronics a été illégalement éliminé, ce qui a causé, en grande partie, les pertes financières“.

Les deux entreprises, “déçues” par le silence des deux institutions malgré “toutes les preuves accablantes contre M. Allache“, expliquent qu’elles se réfèrent, en “dernier recours“, au président, “le garant de la primauté du droit à la tête de la plus haute instance judiciaire“. Manque de bol, ce “garant de la primauté du droit” n’est autre que Abdelaziz Bouteflika, lui-même un hors-la-loi notoire.

Le groupe Ultra Electronics a notamment exprimé le souhait que le PDG de SGSIA, Tahar Allache, “réponde pour ses actes à la lumière de ces accusations de corruption“.

Aissa K. est une autre victime de Tahar Allache. Aissa était responsable de la sécurité et de gardiennage sur le chantier du nouveau terminal. Il a été licencié injustement et a poursuivi Tahar Allache en justice, malgré le fait que le tribunal de Dar El-beida ait donné raison à Aissa, et ordonna à Tahar Allache de le réintégrer, ce dernier refuse d’appliquer une décision rendue par la justice, même après l’intervention d’un huissier de justice. Un autre crime, qualifié en jargon juridique d ‘«outrage au tribunal» et punissable par des années d’emprisonnement. Aissa K. essaie toujours d’obtenir justice. Il semble que Tahar Allache pense qu’il est au-dessus de toutes les lois du pays.

La decision du tribunal dans le cas de Aissa K.

Le Serious Fraud Office a refusé de commenter lorsque le Algiers Herald a demandé des éclaircissements sur l’état d’avancement de son enquête.