Tahar Allache: le directeur de la SGCIA est inculpé pour corruption mais demeure libre

L’un des fonctionnaires les plus corrompus du régime algérien, Tahar Allache, aurait été inculpé de surfacturation, de gaspillage des fonds publics, de corruption, d’octroi d’avantages indus pour l’attribution de marchés publics, de trafic d’influence, de favoritisme, de passation de marchés en violation des lois et dispositions réglementaires et abus de pouvoir. Une longue liste d’accusations qui pourrait signifier que Tahar Allache passera des décennies derrière les barreaux s’il n’est pas autorisé à fuir le pays.

Le directeur général de la SGSIA (Société de gestion des services et infrastructures aéroportuaires d’Alger) a longtemps été protégé par des généraux et le chef de la police Khelifa Ounissi, mais cette fois-ci, il semble que le personnage controversé soit à court de protecteurs. Selon des sources vérifiées du Algiers Herald qui s’exprimaient sous l’anonymat, Tahar Allache a aidé un certain nombre de hauts responsables militaires et gouvernementaux à faire passer des millions de dollars hors du pays par l’intermédiaire de l’autorité qu’il exerce sur l’aéroport d’Alger Houari Boumediene.

Si de nombreuses personnalités du monde des affaires et du monde politique ont été jugées et emprisonnées à la suite de la chute d’Abdelaziz Bouteflika, plusieurs autres sont restées libres, dont Tahar Allache. Un traitement spécial qui discrédite la prétendue guerre contre la corruption du président contesté Abdelmadjid Tebboune.

Selon la source authentifiée, pour justifier la demande de rester libre dans l’attente d’un procès, Tahar Allache a présenté un certificat médical attestant qu’il souffre d’un cancer dont la nature n’a pas été précisée. On ne sait pas si le certificat médical est véridique étant donné que ce type de documents peuvent être facilement achetés.

De plus, Tahar Allache continue de diriger la SGCIA malgré les charges retenues contre lui. En Algérie, la loi stipule que si une personne à la tête d’un organisme public est inculpée, le suspect doit être suspendu dans l’attente d’un procès.

Dans un précédent article du Algiers Herald, nous avions révélé comment Tahar Allache avait été accusé d’avoir dirigé une opération de casting, une opération à travers laquelle de jeunes recrues auraient été exploitées. Tahar Allache est allé jusqu’à planifier la construction d’une chambre et d’un jacuzzi à côté de son bureau dans le terminal récemment inauguré de l’aéroport d’Alger pour accueillir les jeunes victimes. Suite à la fuite de la construction prévue dans la presse, la construction a été annulée.

Bien que de telles accusations se traduisent normalement par la détention du suspect, il a été révélé par la source du Algiers Herald que le ministre de la Justice, Belkacem Zeghmati, est personnellement intervenu pour que le juge inculpe Tahar Allache mais lui permette de rester libre jusqu’à son procès. Un appel téléphonique au juge a été passé quelques heures avant que Tahar Allache ne soit présenté devant lui.

Actuellement enquêté par le Serious Fraud Office britannique et la justice algérienne pour avoir prétendument demandé un pot-de-vin à la multinationale britannique Ultra Electronics, en échange de l’attribution d’un contrat pour la fourniture d’équipements au nouveau terminal, Tahar Allache nie tout acte répréhensible malgré les preuves par écrit suggérant le contraire.

En 2018, un dirigeant d’Ultra Electonics a été convoqué comme témoin par la justice, mais peu de mesures sérieuses ont été prises depuis.

Des cas antérieurs ont montré que lorsque des fonctionnaires corrompus sont inculpés en Algérie mais non arrêtés, ils sont généralement autorisés à quitter le pays pour demander l’asile politique ailleurs. C’est un moyen pour le régime pour faire fuir les fonctionnaires qui en savent probablement trop.

Ce fut le cas de Ghali Belkecir, un général corrompu qui demande actuellement l’asile politique en France. Ghali Belkecir a été autorisé à quitter le pays accompagné de sa femme et de ses enfants après avoir été suspendu. L’Algérie a émis un mandat d’arrêt du tribunal militaire contre Ghali Belkecir, qui garantit presque que la France ne l’extradera pas sur cette seule base (les tribunaux français ne reconnaissent pas les décisions des tribunaux militaires). Au lieu de cela, les autorités algériennes auraient pu émettre un mandat d’arrêt par le biais d’un tribunal civil pour les crimes économiques qu’il avait commis dans le pays s’il y avait un intérêt réel à traduire le général de l’armée en justice.

Permettre à des fonctionnaires corrompus de fuir tout en émettant des mandats d’arrêt impossibles à appliquer sert également le discours populiste du régime, cela en fait un journal de 20h destiné à convaincre les Algériens que le président contesté travaille à la lutte contre la corruption.