Corruption / Sonatrach achèterait-elle le silence des Américains?

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Sonatrach

Les vieilles habitudes de la compagnie pétrolière nationale semblent perdurer, Hirak ou pas. Sonatrach, actuellement dirigée par Rachid Hachichi, a annoncé aujourd’hui l’attribution d’un important contrat à la société américaine KBR, réputée pour trainer de nombreuses casseroles à l’échelle mondiale. Nous enquêtons en reconstituant le passé sulfureux de cette entreprise.

Suite à la guerre en Iraq, ‘Restore Iraqi Oil’, un projet de reconstruction des infrastructures détruites, a été attribué à KBR sans appel d’offres lorsque le département américain de la Défense avait estimé que KBR était “le seul contractant pouvant satisfaire à l’obligation d’exécuter immédiatement le plan“.

En juin 2008, Charles M. Smith, un haut responsable civil du département de la Défense chargé de superviser le contrat de plusieurs milliards de dollars signé par le gouvernement avec KBR au début de la guerre en Irak a déclaré qu’il avait été contraint de quitter son poste en 2004 pour avoir refusé d’approuver des dépenses douteuses d’un montant d’un milliard de dollars. Smith refusa d’approuver les paiements car les auditeurs de l’armée de terre américaine avaient déterminé que KBR n’avait pas de registres crédibles pour supporter des dépenses de plus d’un milliard de dollars. Smith avait déclaré “Ils avaient une quantité gigantesque de coûts qu’ils ne pouvaient pas justifier“. Par la suite, il avait été soudainement démis de ses fonctions et, selon une source du New York Times, “ses successeurs – après avoir pris la décision inhabituelle d’engager un sous-traitant externe pour examiner les demandes de KBR – ont approuvé la plupart des paiements qu’il avait tenté de bloquer“.

En 2010, KBR avait été choisie pour un autre contrat, encore une fois sans appel d’offres, pour des services en Iraq d’une valeur allant jusqu’à 568 millions de dollars.

En mars 2008, le journal américain Boston Globe a annoncé que KBR avait évité de payer des centaines de millions de dollars en taxes fédérales. Plus de 21 000 personnes travaillant pour KBR en Irak – dont environ 10 500 Américains – sont répertoriées comme employées de deux sociétés fictives, ‘Service Employees International Inc.’ et ‘Overseas Administrative Services’, deux sociétés qui n’existent que sur papier aux îles Caïmans.

Le 6 février 2009, le ministère américain de la Justice a annoncé que KBR avait été accusé de payer “des dizaines de millions de dollars en pots-de-vin à des fonctionnaires nigérians afin de remporter des marchés publics, en violation des lois anti-corruption américaines”. Un document de 22 pages déposé devant un tribunal fédéral de Houston alléguait des pots-de-vin massifs liés à la construction d’une usine de production de gaz naturel à Bonny Island (Nigeria) nécessitant 7,5 milliards de dollars. KBR a plaidé coupable et a été condamné à une amende de 402 millions de dollars, dont la quasi-totalité était couverte par Halliburton. KBR et Halliburton ont également versé 177 millions de dollars en restitution des bénéfices à la ‘Securities and Exchange Commission’ en raison d’une plainte civile déposée par la SEC concernant ces pots-de-vin. L’ancien PDG, Albert Jackson Stanley, qui dirigeait KBR alors que celle-ci était une filiale d’Halliburton, a été condamné à 30 mois de prison en vertu d’une négociation de peine.

Le travail de maintenance de KBR en Irak a été critiqué à la suite d’informations selon lesquelles des soldats auraient été électrocutés par un câblage défectueux. L’armée de terre a accusé KBR d’avoir mal installé des unités électriques dans les salles de bain des bases américaines. CNN a rapporté qu’un soldat des forces spéciales de l’armée, le sergent d’état-major Ryan Maseth, était mort par électrocution dans sa cabine de douche le 2 janvier 2008. Des documents de l’armée ont montré que KBR avait inspecté le bâtiment et découvert de graves problèmes électriques 11 mois avant sa mort, sans y remédier. KBR avait noté “plusieurs problèmes de sécurité concernant la mise à la terre incorrecte des appareils électriques“. La famille de Maseth a poursuivi KBR en justice et en janvier 2009, la commission d’enquête criminelle de l’armée américaine affectée à l’affaire a recommandé que la cause officielle du décès de Maseth soit remplacée par “homicide involontaire“. Les superviseurs de KBR ont été accusés d’avoir omis de s’assurer que les travaux d’électricité et de plomberie étaient effectués par du personnel qualifié et d’avoir omis d’inspecter les travaux. À la fin du mois de janvier 2009, le Defence Contract Management Agency (Agence de gestion des contrats de défense) a adressé à KBR une demande d’action corrective suite à un constat d’un état de «non-conformité grave».

En dépit de ces problèmes, KBR a remporté un contrat de 35 millions de dollars pour d’importants travaux d’électricité en 2009.

Lors d’une audition devant le Congrès, Jamie Leigh Jones a déclaré qu’elle avait été violée par sept collègues en Irak en 2005 alors qu’elle était employée de KBR, puis emprisonnée à tort dans un conteneur pendant 24 heures sans nourriture ni eau. KBR était une filiale de Halliburton à l’époque. Jones et ses avocats ont déclaré que 38 femmes ont communiqué avec elle pour faire état d’expériences similaires alors qu’elles travaillaient comme sous-traitantes en Irak, au Koweït et dans d’autres pays. Mary Beth Kineston, une conductrice de poids lourds de l’Ohio, a affirmé avoir été harcelée sexuellement par plusieurs employés de KBR. Elle a ensuite été licenciée après avoir signalé à la société les menaces et le harcèlement subis par les employées. Jo Frederiksen, une autre employée, a intenté une action en justice contre la société pour avoir été “touchée, harcelée, intimidée et harcelée verbalement de manière inappropriée” au cours de son mandat au sein de la société. Par la suite, elle fut affectée à un endroit encore plus hostile alors que certains de ses agresseurs étaient promus. Selon la plainte, “les femmes sont des citoyens de second rang fournis pour le plaisir des hommes” au sein de cette entreprise. Frederiksen a également allégué un manque de surveillance concernant le “comportement criminel généralisé” lié à la prostitution et à la traite des êtres humains par d’autres employés de KBR.

Le 28 août 2008, KBR et un sous-traitant jordanien ont été accusés de traite des êtres humains dans le cadre d’une action en justice fédérale intentée à Los Angeles. La poursuite alléguait que 13 hommes népalais avaient été recrutés par Daoud & Partners pour travailler dans des hôtels et des restaurants en Jordanie, mais à leur arrivée, les passeports de 13 hommes avaient été saisis par le contractant et avaient été envoyés en Irak pour travailler sur la base aérienne Al Asad. Douze des employés ont été enlevés lorsque leur convoi – non protégé – a été attaqué par un groupe se faisant appeler l’armée d’Ansar al-Sunna, alors qu’il se dirigeait vers la base aérienne. Peu de temps après, une vidéo montrant qu’un des hommes avait été décapité et l’autre tué par balle a été diffusée. Le dernier employé, Buddi Prasad Gurung, affirme avoir été maintenu contre son gré pendant 15 mois, au cours desquels il a été contraint de travailler à la base aérienne. Selon l’avocat Matthew Handley, cité par Reuters, “aucun d’entre eux ne savait qu’ils iraient en Irak“.

A la lumière du passé peu honorable de cette entreprise, de nombreuses questions restent sans réponse, mais il ne peut y avoir que trois options logiques pour expliquer un tel choix:

  1. Les administrateurs de Sonatrach sont incompétents;
  2. L’octroi est un acte politique, essentiellement de prostitution économique au détriment du contribuable algérien, ceci dans le but d’acheter le silence des Américains en cette période de revolution;
  3. Deux ou plus des options précédentes, en même temps.

Choisir une entreprise avec une si mauvaise réputation – essentiellement le bourricot de la classe des entreprises de construction – alors que de nombreuses autres entreprises sont disponibles à travers le monde, nuit non seulement à l’image de l’Algérie, mais également à ses finances publiques et en fin de compte au peuple algérien qui demeure seul perdant, encore une fois, dans un contexte économique très difficile.

Une chose est sûre les mêmes pratiques douteuses prévalent toujours au sein des entreprises publiques.

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