Salvador Allende

Salvador Allende, le rêve brisé d’un héraut de la liberté

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Mon peuple a été le peuple le plus trahi de notre temps. Du fond des déserts du salpêtre, des mines du charbon creusées sous la mer, des hauteurs terribles où gît le cuivre qu’extraient en un labeur inhumain les mains de mon peuple, avait surgi un mouvement libérateur, grandiose et noble. Ce mouvement avait porté à la présidence du Chili un homme appelé Salvador Allende, pour qu’il réalise des réformes, prenne des mesures de justice urgentes et arrache nos richesses nationales des griffes étrangères. Pablo Nureda. 

Chili, terre de minerais, de montagnes frôlant le ciel dans son pré le plus gardé, le plus infranchissable, le plus vertigineux, donnant ainsi le vertige à ceux qui tentent de l’approcher, de l’amadouer et de le domestiquer au sens négatif du terme. Mais le ciel de la patrie qui a enfanté le grand poète Pablo Nureda, le militant de la démocratie, le ciseleur d’un verbe haut et fort de sa dignité, de sa beauté, de son parfum que les vents hargneux  de la côte chilienne  libèrent dans une sorte de colère océanique, refusent de dissiper, tant son envoûtement les ensorcele, les apaise, les rendant ainsi cléments  envers cette terre qui a tant souffert du joug de tyrannie.

Oui, le Chili est un pays  dont les richesses naturelles ont toujours attisé l’appétit vorace et insatiable des puissances colonialistes, et cela, depuis la conquête espagnole en 1536. Le Chili su recouvrer son indépendance grâce à la lutte courageuse de sa population autochtone dont les Mapuches étaient le fer de lance durant les premiers combats libérateurs menés contre la présence espagnole de 1536 jusqu’au 1598. Néanmoins, l’Espagne n’avait jamais renoncer à reconquérir le sol chéri des amérindiens du Chili, en organisant de nouvelles conquêtes qui furent tous échoué sur la détermination des Chiliens à ne pas céder un iota de le terre aux Ibériques, bien que des décennies après, les Espagnols purent installer des colonies de peuplement après un nouveau pied posé sur la terre des Mapuches. Ces colons ont constitué une main mise indirecte de la puissance colonisatrice espagnole sur les richesses du Chili. 

Le Chili a connu durant son indépendance de flucutantes périodes , allant de troublants moments d’instabilité politique à l’image de la prise du pouvoir par Mateo de Toro y Zambrano, un militaire stationné au Chili, en 1810, à l’exil du Libertador Bernardo O’Higgins du territoire en 1823, jusqu’à une stabilité substantiellement durable, concrétisée par l’organisation de l’État chilien qui commence avec, tout d’abord, la période d’organisation de la République, de 1823 à 1830, qui voit se succéder trois dirigeants et deux constitutions (moraliste en 1823 et libérale en 1828). Mais le point saillant de la vie démocratique au Chili, est sans doute l’élection de Salvador Allende comme président démocratiquement élu en l’an 1970, un président qui a incarné durant sa courte présidence l’espoir d’un pays qui rentre dans une ère de stabilité politique, de réformes économiques et sociales et un regard humainement fraternel  vers le voisinage immédiat du Chili, vers aussi les luttes des opprimés de par le monde pour le recouvrement de leur liberté. 


Le coup d’Etat de Pinochet est venu avec une violence inouïe mettre fin à un espoir démocratique que le peuple avait arraché après d’innombrables luttes et des tributs chèrement payés tout au long de son histoire.

Salvador Allende, un président élu démocratiquement 

Salvador Allende est le premier président marxiste latino-américain élu démocratiquement, le 4 décembre en 1970. Bien qu’il fût élu avec une marge tenue, dans un pays traditionnellement conservateur, catholique et sous l’emprise économique d’une bourgeoisie tentaculaire sur tous les segments de la vie démocratique et commerciale, lui, le président socialiste, foncièrement engagé dans une politique sociale au profit des couches diminuées,  frontalement opposé à l’emprise d’une minorité capitaliste sur les leviers économiques du Chili, une extraordinaire mine de richesses naturelles.

Allende, fragilisé par son élection très mince, a néanmoins tendu sa main à toutes les sensibilités politiques et idéologiques du Chili, invitant autant qu’allies qu’adversaires politiques à la formation d’un gouvernement d’union nationale où  siegeraient les intérêts nationaux d’une démocratie naissante que les ambitions étroits des idéologies dominantes. Mais la bourgeoisie et la droite conservatrice, dans l’une même des ailes intégristes d’un catholicisme voyant dans le président Allende un marxiste athé, ont tous oeuvré à faire substituer un régime élu au suffrage universel par une junte militaire et répressive.

Donc, l’extrémisme clérical incarné par une église catholique aux ancrages très puissants dans la profondeur de l’État chilien, conjugué à hiérarchie militaire affairiste et sournoisement affidée au USA, ont précipité le putsch militaire contre un président démocratiquement élu, contre aussi le choix souverain du peuple chilien. D’aucuns ont vu dans cet hold-up contre le verdict des urnes une feuille de route cyniquement élaborée dans les locaux de la CIA pour avorter toutes les aspirations de l’Amerique latine à accéder à des régimes démocratiquent élus. Cette vision de la gouvernance militariste s’inscrivait à l’époque des dictatures militaires dans une politique à la fois économique et idéologique: économique de par la volonté des USA de mettre sa voilure sur les richesses naturelles du continent sud-américain, idéologique de par l’urgence de stopper la déferlante de la vague communiste et socialiste sur une terre profondément des siècles durant sous l’emprise d’une bourgeoisie compradore. 

La fin tragique de Allende et la démocratie avec

Le matin du 11 septembre 1973, des unités de la marine neutralisent le port de Valparaiso. Peu après, à Santiago-du-Chili, les soldats investissent le palais présidentiel de La Moneda, construit en 1806.Salvador Allende, coiffé d’un casque, observe les avions bombardant la Moneda. Vers midi, l’aviation bombarde le palais et les soldats y pénètrent enfin. Après une allocution désespérée à la radio, le président demande à ses défenseurs de quitter les lieux. Resté seul, il se suicide d’une rafale de mitraillette. Il a 65 ans.

La junte militaire proclame l’état de siège dans tout le pays et dissout les partis. Dans les jours qui suivent, 45 000 personnes suspectes de sympathies marxistes sont raflées et concentrées dans le sinistre stade de Santiago. Trois mille d’entre elles disparaissent tragiquement dans les geôles militaires; beaucoup sont torturées avant d’être exécutées de diverses façons comme d’être lâchées du haut d’un avion dans l’océan!

200 000 Chiliens se sentant menacés prennent les chemins de l’exil.

Arezki Hatem is a poet and essayist. He has already published two collections of poetry and is currently writing a novel.

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