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Rachad ou le FIS bis

Je me permets ici d’apporter ce que je considère être un éclaircissement concernant le débat du moment sur Rachad, Zitout et Amir Dz.

Mais d’abord mettons de côté, si vous le voulez bien, toutes les déclarations de Said Sadi à propos de ce mouvement et la guéguerre qui se déroule actuellement entre les deux parties par réseaux sociaux interposés. Ce qui sépare, en effet, les deux protagonistes (Said Sadi et Rachad) est insoluble, car cela ne relève pas uniquement d’un différend politique, ni même idéologique, mais plutôt d’une confrontation entre deux visions du monde et, par conséquent, entre deux visions de la nation, de l’Etat, de la démocratie et de la gouvernance. Deux visions tellement opposées, tellement éloignées l’une de l’autre, que rien ne pourra ni ne saura les concilier.

Cependant, cher(e)s concitoyen(ne)s, nous ne pouvons, en pareille conjecture, se permettre le luxe du laxisme et de la baisse de vigilance. Certes, la chose qui doit nous importer et nous titiller le plus aujourd’hui est l’issue de ce mouvement populaire et son aboutissement. Mais, ceci dit, Rachad et les gens de Rachad, et contrairement à ce qu’ils essaient de nous faire croire, ne sont pas aussi démocrates et ouverts qu’ils le prétendent. Il ne faut pas perdre de vue, par exemple, que les fondateurs de ce mouvement islamiste – pour le qualificatif islamiste, ce n’est pas moi qui l’invente, c’est sur leur site officiel – ses fondateurs, dis-je, ont été tous soit d’anciens membres du FIS, soit des sympathisants zélés de ce tristement célèbre parti. On citera, à titre illustratif, Mourad Dhina, Mohamed Larbi Zitout , Rachid Mesli, Abbas Aroua et Mohamed Samraoui.

Nul besoin de vous rappeler les grandes lignes de programme de cette organisation d’illuminés (FIS) qui criait à qui voulait l’entendre que la démocratie est impie, que les femmes doivent toutes se voiler, que la télévision doit s’islamiser, que l’art ne devait plus être libre, que les partis laïcs doivent être dissous, que la république doit être abolie et remplacée par une théocratie, que l’apostasie doit être punie de la peine de mort, que la société devait en tout se conformer à sa vision du monde, qu’une police des mœurs allait être créée… et j’en passe.

Mourad Dhina, lui-même, n’avait-il pas un jour répondu à un journaliste qui lui demandait de condamner l’assassinat d’intellectuels durant les années 90 par un refus froid et catégorique ? En poussant le zèle jusqu’à suggérer à ceux qu’il désignait par « les démocrates » d’en faire leurs martyrs et d’assumer leur engagement contre l’islamisme.

Alors, pour conclure, qui pourra nous garantir aujourd’hui que ce terroriste notoire et ses acolytes de Rachad ne ré-adopteront pas le même discours de haine et les mêmes pratiques intégristes ? Qui pourra nous convaincre de leur bonne foi quand ils s’engagent par de simples paroles à ne plus reproduire les schémas du passé ? Comment peut-on les croire quand on les voit encore qui se victimisent, qui se lavent les mains de tous leurs crimes, qui se blanchissent toute honte bue en excellant dans le négationnisme et le révisionnisme les plus honteux ? Comment croire à cette semi-repentance mal assumée ?

Et quand bien même il se seraient réellement repentis, pourquoi devons-nous leur accorder une deuxième chance ? Pour l’unique raison qu’on a un même ennemi en face peut-être ? Alors que le bon sens nous inciterait plutôt à leur demander des comptes, à les traîner devant la justice pour répondre de leurs sinistres prêches, de leur discours criminel qui nous ont causé tant de mal dont on peine encore à guérir.


Par Hakim Malaoui, activiste de la société civile en Algérie.

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