QAnon: de quoi s’agit-il et d’où ça vient?

Twitter a annoncé une offensive contre la théorie du complot de QAnon, interdisant des milliers de comptes et bloquant les adresses Web liées à des vidéos et à des sites diffusant les idées de QAnon.

La plateforme a annoncé mardi 21 juillet avoir supprimé plus de 7.000 comptes liés à “QAnon” et va limiter la circulation des contenus liés à ses théories conspirationnistes, considérées désormais comme un « effort coordonné pour nuire ».

Twitter Safety on QAnon

Qu’est-ce que QAnon?

En gros, QAnon est une théorie de complot de grande envergure qui est passée des réseaux sociaux marginaux à l’attention du grand public. Selon ses adeptes, les États-Unis sont dirigés depuis des décennies par « l’État profond », une organisation secrète rassemblant les Clinton, les Obama, les Rothschild, George Soros, des vedettes d’Hollywood et d’autres membres du gouvernement américain et de l’élite mondiale. Ils affirment que Donald Trump mène une guerre secrète contre les élites pédophiles, adoratrices de Satan au sein du gouvernement, des entreprises et des médias. Les tenants de cette théorie émettent l’hypothèse selon laquelle ce combat mènera à un jour de jugement où les personnalités susmentionnées seront arrêtées et exécutées.

Le noyau – sans fondement – de l’histoire de QAnon est que l’enquête Mueller sur la collusion présumée entre la campagne Trump de 2016 et la Russie serait en fait une enquête sur les élites mondiales et que le président américain serait en train de préparer un plan secret pour arrêter de hauts responsables politiques et des stars d’Hollywood pour corruption et maltraitance d’enfants. .

À ce noyau de départ se sont collées de nombreuses ramifications et une longue liste liste de revendications des adeptes de QAnon. Ces derniers puisent dans l’actualité, les faits historiques et la numérologie pour développer leurs propres histoires et arriver à leurs propres conclusions.

Comment ça a commencé?

En octobre 2017, un utilisateur anonyme a mis une série de messages sur le site 4chan. L’utilisateur a signé en tant que «Q» et a affirmé avoir un niveau d’approbation de sécurité américain appelé «autorisation Q». Ces messages sont depuis connus sous le nom de «Q drops» ou «breadcrumbs», souvent écrits dans un langage cryptique parsemé de slogans et de thèmes pro-Trump.

Quelle est la portée de QAnon?

Les adeptes de QAnon créent des hashtags et coordonnent des attaques contre de présumés ennemis : les politiciens, les célébrités et les journalistes qui, selon eux, couvrent les pédophiles. Ce sont aussi bien des messages menaçants en ligne que des actions hors ligne.

Twitter dit avoir pris des mesures contre QAnon en raison du potentiel de « préjudice hors ligne ». Plusieurs adeptes de QAnon ont été arrêtés après avoir proféré des menaces en ligne ou passé à l’action hors ligne. Ce fut notamment le cas, en 2016, lors de l’épisode du « pizzagate » qui a conduit un homme à ouvrir le feu dans une pizzeria de Washington. Il croyait qu’un réseau de pédophiles dirigé par le Parti démocrate y était installé. Ce fut également le cas en 2018 lorsqu’un homme lourdement armé a bloqué un pont sur le barrage Hoover.

Matthew Wright brandit une pancarte sur le pont Mike O’Callaghan-Pat Tillman, près du barrage Hoover.

Les adeptes de QAnon ont également été impliqués dans la contestation des mesures prises pour freiner la propagation du coronavirus, en particulier le confinement et le port de masques.

L’année dernière, le FBI a émis un avertissement concernant « les extrémistes nationaux motivés par la théorie du complot » et a désigné QAnon comme une menace extrémiste nationale potentielle.

Qui sont les adeptes de QAnon?

Selon les experts, les adeptes de QAnon ont tendance à être des personnes âgées, plutôt de droite, supportrices de Donald Trump, et qui seraient plus réceptives envers qu’elles voient sur Internet.

Les adeptes de cette théorie prêtent une attention particulière aux discours du président Trump. Ce dernier, bien qu’il n’ait jamais fait de référence directe à la théorie, a promu des théories du complot dans ses discours, notamment la fausse nouvelle selon laquelle l’ancien président Obama n’est pas né aux États-Unis. Au cours de la campagne électorale de 2016, Trump a même suggéré que Rafael Cruz, le père de son principal opposant Ted Cruz, était lié à l’homme qui avait tué le président John F. Kennedy en 1963, et ce, sans apporter aucune preuve.

Quid de la liberté d’expression?

Il convient de rappeler que Facebook a supprimé les comptes, groupes et pages liés à QAnon en début d’année. Encore une fois, le débat est relancé autour de l’opportunité de telles mesures et certains observateurs s’interrogent s’il ne s’agit pas là d’une atteinte à la liberté d’expression. D’autres disent que les plateformes de médias sociaux peuvent ressembler à des espaces publics mais elles sont en réalité des propriétés privées et ce sont donc les règles privées des entreprises qui régissent principalement ce que les utilisateurs peuvent dire ou partager en ligne.