Mohammed Bin Salman aurait fait emprisonner un journaliste au Maroc

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La famille royale d’Arabie saoudite – largement considérée illégitime par sa population mais reconnue comme partenaire par les puissances occidentales – ne se contenterait pas seulement de réprimer les journalistes saoudiens, mais aussi ceux qui lui sont hostiles dans le reste du monde arabe, devenant par conséquent l’objet de représailles sinistres.

Le journal Britannique The Guardian a fait des révélations fracassantes au sujet de l’éditeur Taoufik Bouachrine emprisonné par les autorités marocaines. L’épouse de Taoufik a décrit comment le journaliste saoudien assassiné, Jamal Khashoggi, avait averti son mari que sa vie était en danger dans les mois qui ont précédé son arrestation au Maroc et sa peine pour des infractions qu’il a toujours niées.

La “Saudi connection

Asmae Moussaoui, 43 ans, pense également que l’Arabie saoudite a demandé au gouvernement marocain de faire taire son mari, Taoufik Bouachrine, 49 ans, peu de temps avant son arrestation, selon le Guardian.

Taoufik Bouachrine, rédacteur en chef et cofondateur du journal libéral marocain Akhbar Al Yaoum, a été arrêté en février 2018 après la publication dans son journal d’éditoriaux critiques à l’égard du gouvernement marocain et de l’Arabie saoudite.

Il a été accusé de plusieurs chefs d’inculpation, dont le viol, l’agression sexuelle et le trafic d’êtres humains. Des chefs d’inculpations fabriqués de toutes pièces selon ses avocats.

Les observateurs indépendants ont été exclus des audiences du procès qui ont eu lieu en novembre dernier, à l’issue desquelles Bouachrine a été condamné à une peine de 12 ans d’emprisonnement. Sa détention et son procès ont également été condamnés par le groupe de travail du Conseil des droits de l’homme des Nations unies et ont conduit à des appels inter-partis demandant sa libération immédiate par grâce royale. Cependant, le gouvernement marocain a toujours insisté sur le fait que son procès était équitable.

Le Guardian rapporte également que lorsque qu’il a interrogé les autorités marocaines au sujet des pression faites sur des ministres marocains pour qu’ils agissent contre Bouachrine, ils auraient refusé de commenter. Les demandes par courrier électronique du Guardian ont aussitôt été instrumentalisées et divulguées sur le site d’information Le360.ma, qui accusait Moussaoui d’une tentative d’essayer d’attirer l’attention de la communauté internationale sur cette affaire.

Moussaoui a approché le Guardian pour décrire les avertissements qui, dit-elle, avaient été donnés à son mari par Khashoggi, un ami de la famille, malgré les pressions exercées par les autorités marocaines pour qu’elle abandonne ses efforts. Selon Moussaoui, Khashoggi avait averti son mari à plusieurs reprises qu’il n’était pas en sécurité au Maroc et que sa “vie était menacée et qu’il devait être prudent“.

Elle a rapporté au Guardian que son mari lui avait confié que l’Arabie saoudite s’était “plainte de [lui]” auprès du gouvernement marocain.

La plainte avait été déposée au nom du prince héritier saoudien, Mohammed bin Salman, qui aurait été «furieux et enragé à cause de ce que [Bouachrine avait publié] sur lui», selon le récit de Moussaoui.

Dans une déclaration au Guardian, elle a affirmé que son mari lui avait confié que le gouvernement marocain avait répondu aux Saoudiens en disant: “Nous allons traiter le cas de ce journaliste à notre façon“.

L’ONU réagit

Dans une récente communication à Mme Agnes Callamard, rapporteur spécial des Nations Unies sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, les avocats de Bouachrine ont décrit son arrestation et son procès comme une “poursuite à motivation politique” qui pourrait être liée à ses critiques de l’Arabie saoudite dans des articles publiés entre Octobre 2017 et janvier 2018 – un mois avant son arrestation.

«Il est tout à fait concevable que les autorités saoudiennes aient adopté un schéma vis-à-vis des dissidents et des journalistes, non seulement ceux qui sont directement liés à l’Arabie saoudite, mais aussi les autres personnes telles que M. Bouachrine, actif dans le monde arabe“.

Le groupe de travail du Conseil des droits de l’homme des Nations unies a déclaré que les preuves dans l’affaire contre Bouachrine, qui inclut des séquences vidéo granuleuses, “sont hautement contestées et ne sont clairement pas concluantes“.

Le groupe a déclaré qu’il semblait y avoir “des cas répétés d’intimidation et de contrainte par les autorités nationales” pour assurer sa condamnation.

Taoufik a déclaré que l’homme vu dans la vidéo n’était pas lui et que les personnes filmées semblaient se livrer à des actes sexuels de manière consensuelle. Son avocat marocain Mohammed Ziane a déclaré au Guardian que sur les 15 plaignants initiaux, il n’en restait que cinq.

Il n’y a aucune preuve concluante [contre Bouachrine], aucune ne serait considérée comme acceptable d’un point de vue juridique“, a-t-il déclaré.

Deux des victimes présumées n’ont fourni aucune date ou circonstance, déclaration médicale ou témoignage d’une tierce partie dans leurs accusations. Les trois autres prétendent prouver leurs arguments avec des vidéos qui ont été rapportées en dehors de toute procédure légale“.

Nous contestons l’authenticité des vidéos. Taoufik Bouachrine nie catégoriquement [y être]. Ces vidéos ne montrent pas, par image ou par son, aucune menace ni contrainte“.

Tout document pouvant prouver son innocence a été expurgé ou rejeté et toute demande de complément d’enquête ou nouvelle procédure judiciaire qui pourrait nous aider à démontrer la vérité est systématiquement refusée“.

Ce sont des gangsters qui veulent tuer la presse

L’une de ses accusatrices présumées a été condamnée à six mois de prison après avoir porté plainte contre la police, après avoir affirmé que sa déclaration a été falsifiée par ces derniers.

Afaf Bernani avait publié sur son compte YouTube une video affirmant qu’elle avait refusé l’offre de la police lorsque ces derniers avaient tenté de l’inclure parmi un groupe de femmes alléguant que Bouachrine les avait maltraitées.

J’ai refusé d’accuser Taoufik Bouachrine de quoi que ce soit car il ne m’a jamais fait de mal. Ils ont donc falsifié ma déclaration“.

J’ai alors porté plainte pour faux contre la police… mais finalement, c’est moi qui suis condamnée à six mois de prison pour outrage au tribunal“.

J’ai peur pour moi et pour ma famille. Sur Internet, au tribunal, je suis régulièrement insulté parce que j’ai osé me plaindre de la police judiciaire et parce que je ne voulais pas accuser Taoufik. Chaque jour, ils font de leur mieux pour détruire mon honneur en mentant délibérément à mon sujet. Ce sont des gangsters qui veulent tuer la presse“.

Les autorités marocaines avaient précédemment rejeté toutes les critiques concernant l’arrestation et le traitement de Bouachrine, rappelle le Guardian.

Ils avaient également écarté les préoccupations de l’ONU, affirmant que les conclusions de son groupe de travail n’étaient pas étayées par des preuves solides et reposaient parfois sur des détails pour inciter l’opinion publique à agir contre les gouvernements.

La semaine dernière, Agnes Callamard a publié un rapport de 100 pages sur le meurtre de Khashoggi, dans lequel elle soulignait les “menaces globales dirigées contre des journalistes et des travailleurs des médias” par des États qui n’aimaient pas ce qu’ils écrivaient.

Au cours des derniers mois, des dissidents et des activistes de plusieurs pays, dont la Norvège et le Canada, ont accusé l’Arabie saoudite d’avoir lancé des attaques sophistiquées de piratage informatique, y compris contre le Guardian. Ce dernier a révélé qu’il avait été informé qu’une unité de piratage informatique du royaume saoudien aurait été chargée de pirater ses serveurs.


Adapted from a Guardian investigation. Last updated on: 29/06/2019.

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