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Les Algériens persistent et signent : la junte militaire doit tomber

ALGER – Le 22 février 2021 a marqué le deuxième anniversaire des manifestations du ‘Hirak’ pour la chute de la junte militaire au pouvoir depuis 1962. Ce mouvement avait débuté le 16 février 2019 dans la petite ville de Kherrata puis s’était étendu au reste du pays le 22 février, prenant le junte militaire par surprise, et l’obligeant à sacrifier sa façade civile incarnée à l’époque par Abdelaziz Bouteflika.

Depuis, la situation politique et économique n’a fait qu’empirer dans ce pays d’Afrique du Nord au potentiel énorme s’il n’était pas si mal géré. Les Algériens refusent toujours de reconnaître le président nommé par l’armée, Abdelmadjid Tebboune, comme le représentant légitime du pays, dénonçant dans la foulée son séjour médical à plusieurs millions d’euros en Allemagne alors que le pays se débat pour faire face aux conséquences économiques de la pandémie de la Covid-19.

Alors que la crise du Covid-19 s’est avérée un allié de la junte militaire qui a intensifié sa répression et les poursuites arbitraires de plusieurs militants, étudiants et citoyens ordinaires, les Algériens sont sortis en grand nombre le 16 février à Kherrata puis de nouveau hier, le 22 février. Les manifestants ont continué à exiger la chute de la junte militaire et de sa façade civile, incarnée actuellement par le controversé Abdelmadjid Tebboune. Lors des manifestations d’hier, qui ont rassemblé des millions d’Algériens à travers le pays, de nombreux manifestants ont rappelé au régime, à travers les différents slogans scandés et affichés, qu’il ne s’agissait pas de la célébration d’un anniversaire mais plutôt de la continuation du Hirak, suspendu au début de la pandémie de la Covid-19. Plusieurs personnalités du Hirak avaient dès lors appelé les manifestants à suspendre les marches hébdomadaires compte tenu de la situation qui prévalait en février-mars 2020.

Depuis cette suspension, plusieurs militants ont été condamnés à des peines d’emprisonnement allant de 2 mois à 3 ans. Le journaliste Mustapha Bendjama a été condamné à 2 mois de prison, tandis que Brahim Laâlami a été condamné à 2 ans et Dalila Touat à 18 mois. Ils ont ensuite été graciés par le président à quelques jours du deuxième anniversaire du Hirak, cette grâce présidentielle s’est étendue au journaliste Khaled Drareni, Rachid Nekkaz et plus de 30 autres détenus d’opinion.

Rachid Nekkaz, ancien candidat à la présidence, a été détenu sans procès pendant 14 mois. Il a brièvement participé à la marche d’hier, avant d’être évacué vers un hôpital de Mostaganem à la suite de ce que lui et ses avocats ont qualifié d ’« agression policière ». Selon plusieurs témoignages, alors que Rachid Nekkaz commençait à s’adresser à une grande foule, les policiers l’ont violemment pris d’assaut. Des membres de son parti et plusieurs avocats présents à l’hôpital ont dénoncé la manière dont la police a encerclé l’hôpital où il se faisait soigner et aurait même fait pression sur le médecin présent pour ne pas délivrer à Rachid Nekkaz un certificat médical.

En parallèle, si de nombreux militants ont été libérés à la suite de la grâce présidentielle, d’autres n’ont pas été aussi chanceux. Meziane Chabane, membre du conseil national du RCD et chef du Groupe APW RCD-Bouira, risque 6 mois de prison si un tribunal de première instance basé dans cette ville le déclare coupable. Le tribunal rendra son jugement le 11 mars. Meziane a été accusé de rassemblement illégal et de publication de déclarations pro-démocratie sur Facebook, telles que’un appel à la poursuite de l’ancien président Bouteflika ou encore un appel à la poursuite des responsables de l’utilisation de balles réelles lors du soulèvement berbère de 2001 contre Bouteflika. À l’époque, 128 manifestants avaient été abattus par la gendarmerie nationale qui relève directement du haut commandement de l’armée.

Le même activiste a également été “kidnappé” le 22 février à 7h30 du matin alors qu’il se rendait au Lycée Ahmed Kadri de Bouira où il enseigne. Il n’a été libéré que suite à un sit-in observé par des militants au niveau du commissariat de police central de Bouira où il était en détention.

Ce harcèlement des opposants politiques s’inscrit dans le cadre d’une stratégie plus élargie qui consiste à fermer le champ politique à toute opposition à la junte militaire, et de ce fait, entraver toute tentative d’organisation politique du Hirak.