Le Congrès de la Soummam, l’acte fondateur de la Révolution algérienne

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Le 20 août 1956, vallée de la Soummam, un été finissant mais un soleil dardant ses flèches ardentes sur une végétation luxuriante, se couvrant d’une cuirasse en vert de jalousie, défendant sa belle tunique d’éternelle nubile, hospitalière, intransigeante sur sa virginité de rebelle sans reniements et dont le voeux de chasteté était une offrande de fidélité sur l’autel de révolution naissante, la révolution du premier novembre 1954 à peine éclosant d’une longue et ténébreuse nuit coloniale.

À l’opposé de la vallée de la mort en Californie, tristement célèbre pour son aridité et l’absence de la moindre vie sur son étendue désertique, la vallée de la Soummam était un havre de  paix  dans son sens propre et dans sa symbolique: son abondant tissu végétal, creuset d’un fécond foisonnement de vie drapant les lieux d’une incommensurable plénitude, et naissance symbolique de la charte de la Soummam, véritable constitution démocratique pour la révolution en marche. Et c’est ainsi que cette région, l’un des fers de lance de la Révolution algérienne accueilla les leaders du FLN -ALN, traça la feuille de route de la Révolution algérienne, un acte fondamental pour un  combat libérateur qui n’était jusque à la cette date charnière qu’une lutte rudimentaire, certes dévouée et audacieuse, mais manquant d’organisation et d’encadrement politico-militaire à la hauteur du combat mené et de l’objectif tracé.

Novembre, le précurseur

Le premier novembre 1954 , jour de la Toussaint, célébrant les morts dans la tradition chrétienne, furent déclenché les premières opérations militaires contre la présence française en Algérie. Et contrairement à la signification de la Toussaint aux chrétiens, le premier novembre 1954 a été un jour de renaissance de la nation algérienne, un nouveau cri sorti de la matrice du peuple algérien, longtemps considérée stérile par le colonialisme français, l’un des plus abjects qu’ait connu l’histoire contemporaine.

Un colonialisme si convaincu de sa pérennité qu’il n’ait jamais venu à son esprit que ce peuple lesté par plus d’un siècle de servitude saurait un jour capable de briser les chaînes de la soumission, de se dénouer de l’épaisse corde roulée à son cou, lui serrant les artères de la liberté, privant ainsi son cerveau du sang neuf, chargé par ce mouvement formidables d’émancipation des jougs coloniaux, oxygènant les têtes de beaucoup de nations alors toujours sous l’emprise de la soumission coloniale, ou fraîchement accédées à leur indépendance nationale. Mais le travail de mystification de la puissance colonisatrice française n’a été en fait que comme arme qui se retourne contre son possesseur, lui éclatant ainsi sur son propre visage et lui ôtant le masque de son invincibilité feinte. Et pour reprendre cette citation de Honoré de Balzak, tirée de son oeuvre Modeste Mignon, 1844, je dirais : La mystification est la ressource des petits esprits. Depuis quelque temps, je ne réponds plus aux masques… 


Oui,  le petit esprit du colonialisme se croyait invincible, puisant sa ressource de la duperie mais cette dernière n’aura que trop duré. Et le jour venu pour les masques tombent, le peuple algérien les a fait tombés avec éclat, dénudant le visage hideux du colonialisme, lui, qui s’est caché longtemps sous le masque d’une entreprise civilisationnelle : un oeuvre civilisationnelle avec des millions de morts, des milliers de déplacés, un appauvrissement systématique de la population algérienne, une politique de peuplement qui a privé les algériens de leur terre,  une criminelle politique de terre brûlée, des tentatives d’effacement de l’identité algérienne et la liste est encore longue pour énumèrer toutes les abjections du colonialisme français en Algérie. Mais c’était sans compter sur la détermination d’un groupe de militants nationalistes, issus du MTLD et déjà rompus à la lutte armée de par de leur engagement dans l’OS (Organisation Spéciale), instructive école militaire pour les futurs neufs leaders de la Révolution algérienne.

Profondément convaincus que seule la lutte paye et que le peuple, bien qu’il fût laminé par une politique colonialiste fondée sur une logique sanguinaire et que toutes les solutions pacifiques préconisées par le mouvement national sont restés vaine, face à un régime d’occupation atone et aveugle, les révolutionnaires algériens avaient pris la résolution irréversible de se lancer dans la lutte armée, seule voie en mesure de briser les chaînes de la soumission, de porter aussi le droit légitime du peuple algérien de disposer de lui -même sur les fâites des organisations internationales, et de faire entendre ainsi la souffrance incommensurable d’une peuple en quête de sa liberté.

Krim, Bitat, Ben Boulaid, Boudiaf,  Didouche, Ben M’hidi, à l’intérieur de l’Algerie, Hocine Ait -Ahmed, Khider, Ben Bella, dans la délégation extérieure, ont choisi le premier novembre comme jour de naissance d’une Révolution extraordinaire, téméraire face à une puissance militaire puissamment armée, et surtout populaire, car portée à grand bras par un peuple dont la soif de la liberté est proverbiale.

Le Congrès de la Soummam et l’acte fédérateur de la Révolution algérienne

Il est vrai que la sincérité de l’engagement des premiers combattants de l’ALN ne souffrait d’aucune once de doute et que la victoire ou le martyre fut leur serment, mais cela ne suffisait pas à vaincre une puissance coloniale aussi rusée comme la France. Et c’est de cela que l’impératif d’un Congrès unificateur avait germé dans l’esprit des éminences grises de la Révolution algérienne, à leur tête Abane Ramdane, l’architecte du Congrès et cheville ouvrière de l’adhésion des autres formations politiques du mouvement national à l’idéal révolutionnaire. Les résolutions de la Soummam, tissées avec un sens élevé de responsabilité, sur le métier d’un projet démocratique et républicain pour une Algérie meilleure, pour une Révolution humaine et humaniste, ont été d’un apport indéniable à la vision moderne de la lutte pour l’émancipation du joug colonial.

Le fleuve détourné et les torrents des reniements

La primauté du politique sur le militaire, de l’intérieur sur l’extérieur, n’ont pas été du goût des colonels, bien qu’ils aient reffrené leur opposition aux résolutions de la Soummam, ils ont oeuvré en catimini à les saborder, à les réduire à un souvenir amer dans leur lutte pour le pouvoir. Et pour arriver à cela, ils n’ont pas lésiné sur les moyens les plus violents. Et les exemples ne manquent pas pour nous rappeler que le fleuve de la Révolution a été détourné le jour où Abane fut assassiné et avec lui l’espoir d’une Algérie démocratique. Si la Soummam était porté comme projet de société après l’indépendance, l’Algérie serait aujourd’hui une nation démocratique, plurielle et républicaine.

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