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Dossier libyen: Alger penche-t-elle vers Paris?

À lire l’entretien accordé par le président algérien Abdelmadjid Tebboune au journal français l’Opinion, tout porte à dire que la position d’Alger sur le dossier libyen se rapproche de celle de Paris et, ce faisant, s’éloigne de celle d’Ankara.

À la question «Comment jugez-vous le comportent de la Turquie en Libye […] ?», Abdelmadjid Tebboune répond « La Libye nous a aidés pendant la guerre de libération en accueillant sur son sol des moudjahidin. Il est de notre devoir de lui porter secours. Cela peut déplaire aux pays qui agissent au nom de leurs intérêts économiques. Le jeu de gagne-terrain militaire n’est pas la solution. » Sans qu’elle ne soit citée nommément, la réponse fait allusion à la Turquie comme un pays qui agit au nom de ses intérêts économique et qui s’adonne au jeu de « gagne-terrain militaire» . En répondant de la sorte, le président algérien annonce la couleur et assume clairement le fait que la position d’Alger sur le dossier libyen risque de déplaire à certains protagonistes du conflit, dont Ankara.

Le journaliste français, tout en cadrant l’entretien avec des questions sur les relations algéro-françaises, n’hésite pas à poser plusieurs questions sur le dossier libyen, le mettant ainsi au cœur des discussions actuelles entre Alger et Paris. C’est ainsi qu’il enchaîne avec une autre question « N’avez-vous pas peur que l’avenir de la Libye, comme celui de la Syrie, se négocient entre Ankara et Moscou ? »

À cette question, Abdelmadjid Tebboune répond en affirmant que le rétablissement de la stabilité de la Libye est « un enjeu de sécurité nationale. » Il ajoute que les voisins de la Libye – l’Algérie, la Tunisie et l’Egypte – « sont le plus à même d’aider le pays à retrouver le chemin de la paix. » Abdelmadjid Tebboune donne ainsi la priorité au pays du voisinage dans la recherche d’une solution au conflit libyen et écarte l’opportunité d’une solution militaire; une solution recherchée notamment par la Turquie.

Ainsi, ce qui ressort de cet entretien, c’est:

  • le refus de la solution du fait accompli qui serait imposée par une approche militaire sur le terrain ;
  • la priorité donnée aux solutions apportées par les pays du voisinage immédiat de la Libye: Algérie, Tunisie et Egypte.
  • la volonté de dépasser la légitimité actuelle, représentée par le Gouvernement d’accord national (GNA), dont se targue la Turquie et la suggestion de « travailler à une nouvelle feuille de route menant à des élections apaisées d’ici deux à trois ans, sous la supervision de l’ONU et d’un gouvernement de transition issu d’un consensus national. »

Quand on sait la position de Paris sur la Libye et les nombreuses communications téléphoniques qui ont réuni les deux présidents algérien et français tout au long de ces dernières semaines, tout porte à croire que l’on se dirige vers une convergence des positions des deux pays sur ce dossier.

Par ailleurs, fait assez rare pour être souligné, contrairement à un récit national qui a longtemps parlé de «présence ottomane en Algérie», Abdelmadjid Tebboune parle explicitement de la période turque comme une ère de colonisation: « Je raisonne plus comme un Algérien lambda qui a vécu, dans sa jeunesse, les affres du colonialisme et les privations, qui aime et vénère son pays. Notre pays a souffert. Les Romains y sont restés des siècles. Les Espagnols sont ensuite venus, puis les Turcs au nom du califat, et enfin des Français. »

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